Tessy de Luxembourg, féministe en acier trempé “La politique, c’est ma vie”

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Tessy de Luxembourg, féministe en acier trempé “La politique, c’est ma vie”

Paris Match |

Emmanuelle Jowa (all rights @ParisMatch)
Tessy de Nassau devant la Queen's Gate de Kensington Gardens, l'un des parcs royaux de Londres. Elle y fait son jogging quotidien.

Tessy de Nassau devant la Queen’s Gate de Kensington Gardens, l’un des parcs royaux de Londres. Elle y fait son jogging quotidien.Ronald Dersin / Paris Match

L’ex-épouse du prince Louis de Luxembourg fait une carrière internationale dans l’humanitaire, l’éducation et la communication. Elle rêve de travailler un jour pour l’Otan.  Carriériste et férue de politique, Tessy a reçu Paris Match Belgique dans le cadre de son travail à Londres.

L’histoire avait démarré sous le sceau d’un romantisme débridé : le prince Louis n’a pas vingt ans lorsqu’il annonce à ses parents que son amoureuse, une jeune Luxembourgeoise, Tessy Antony, est enceinte. Elle a un an de plus que lui, elle est roturière, rencontrée dans une caserne militaire près de Diekirch. Son père est artisan couvreur et militant socialiste.

Le Palais, constatant que l’amour est intraitable donne sa bénédiction à cette union hors conventions. Le mariage a lieu en 2006, en présence de Gabriel, le fils aîné du couple adolescent, âgé de quelques mois. Lors de ces noces et dès l’annonce du divorce, le couple fait les choux gras des médias, notamment anglo-saxons. Le conte du prince et de la bergère nourrit les fantasmes.

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La princesse Tessy – cela reste son nom jusqu’à la conclusion finale de la procédure de rupture – nous accueille chez elle à South Kensington. Une rue cossue, proprette, discrète. Une porte vernie qui rappelle ces décors de séries télé britanniques. On imagine aisément qu’il serait d’un goût douteux, en plein divorce, jeter de la poudre aux yeux.

Dotée d’un background militaire, ambassadrice pour Onusida, centrée sur les relations internationales, elle évoque avec la même aisance droits de l’homme, crise des réfugiés, harcèlement sexuel, terrorisme ou Brexit. Au-delà d’un côté fleur bleue affiché par moments – dont cette espèce d’admiration pour Lady Di, icône d’une forme de chambardement glossy de la monarchie -, Tessy Antony qui cumule les « degrees » semble, pour rester dans le franglais qu’elle pratique gaiement, très « career oriented ». Sous des allures éthérées, on découvre une femme en acier trempé qui ambitionne d’être consul du Luxembourg et de travailler un jour pour l’Otan.

La nouvelle vie de Tessy : un enchaînement de conférences de haut vol aux quatre coins du monde.

La nouvelle vie de Tessy : un enchaînement de conférences de haut vol aux quatre coins du monde.© DR

On vous a reproché sur les réseaux sociaux d’abuser de votre titre. Vous avez demandé qu’on vous appelle Tessy from Luxemburg et non plus of Luxemburg. On a vu aussi Tessy Antony.
Tous les noms que j’utilise m’appartiennent. Le titre et le nom de Luxembourg apparaissent sur tous mes documents officiels comme mon passeport. Il est donc logique et évident que j’utilise mon nom légal dans ma vie et mon travail.

Les tabloïds britanniques vous ont notamment qualifiée de « gold-digger ». Comment avez-vous encaissé cette « notoriété » ?
Je suis triste que quelques journaux aient tenu des propos cruels parce qu’ils ne connaissent pas la situation. Je ne leur en veux pas mais je suis accablée car je ne peux pas me défendre. Je le vis mal, surtout pour mes proches : mes parents ou ma grand-mère, qui sont interpellés dans la rue. J’espère néanmoins que les gens vont voir mon travail et la personne que je suis, avant, pendant et après ce divorce. Il faut être respectueux l’un envers l’autre et envers soi-même. Louis et moi sommes en train de faire nos vies dans différents pays tout en restant unis par nos enfants. Ce divorce ne s’est pas décidé sur un coup de tête, nous avons pris le temps. Après treize ans de vie commune, parce qu’il y a des enfants en jeu et que nous sommes des personnes publiques, nous avons voulu être sûrs de ce que nous faisions. Nous sommes trop jeunes pour mentir. Et je ne trouve pas, en tant qu’ambassadrice mondiale pour Onusida, que l’exemple d’une personne qui trouverait bien d’être malheureux soit un exemple à donner aux jeunes.

Le sujet énorme, c’est la question des réfugiés. Cette question permet malheureusement au nationalisme et aux extrémismes de prendre de l’ampleur

Sur votre profil Linkedin, on voit apparaître en priorité la mention de Women of the Decade Award (Women Economic Forum). Que vous inspire la cause des femmes aujourd’hui, dont il a été beaucoup question récemment à travers notamment les questions de harcèlement sexuel ?
Je suis marraine d’UNA UK (United Nations Association, Royaume Uni) qui œuvre au maintien de la paix. Ils m’ont sélectionnée car j’étais moi-même « peacekeeper ». J’ai travaillé notamment au Kosovo. J’ai pu prendre la parole lors d’une conférence sur la question des abus sexuels par des soldats. La violence sexuelle est un problème énorme. Elle a lieu entre militaires, entre civils, à la maison. Partout dans le monde, des gens abusent de leurs fonctions pour assaillir d’autres gens. C’est très bien que l’affaire Weinstein ait permis de capter l’attention de la presse sur ces questions mais on parle de ces abus sexuels depuis cinquante ou septante ans et même davantage. On retrouve ce phénomène dans toutes les sphères de la société : au parlement britannique, au gouvernement – on a vu des ministres qui ont dû quitter leur fonction -, au sein de l’Église, dans les établissements éducatifs, absolument partout. Ce n’est pas neuf et il est grand temps de prendre des mesures strictes pour tous.
Quant aux violences dans le contexte militaire, les gens les ont longtemps justifiées en invoquant le temps de guerre… Les assauts directs ou indirects, je les connais bien et je les maîtrise. Je connais ce milieu, je connais aussi ses blagues machistes et, en tant qu’ancienne militaire, je sais réagir ! Lorsque j’étais à l’armée, deux autres soldats ont essayé de me faire du mal mais j’étais équipée pour me défendre. Heureusement j’avais la formation et j’ai réagi d’instinct. J’ai cassé le nez d’un de ces soldats ! Je veux transmettre mon expérience à toutes les femmes. A celles qui nous lisent, je dis ceci : n’hésitez pas à protéger votre honneur et votre corps. Soyez forte, soyez vous-même. Il y a des femmes qui n’ont pas le courage ou la possibilité de dénoncer une injustice. Il est nécessaire d’y travailler tous ensemble, en « join forces ». Chacun de nous a des qualités pour assurer la dignité et le respect des femmes. Dans le monde entier, à l’extérieur ou au foyer.

J’aimerais travailler pour l’Otan un jour. Je rêve aussi de devenir consul, de représenter le Luxembourg dans un pays

Vous avez étudié les relations internationales à Richmond, à l’American International University de Londres. Vous avez rédigé une thèse sur la montée du nationalisme en Europe, centrée notamment sur le cas d’Aube dorée, le parti grec d’extrême droite. Comment résoudre ces poussées d’extrémismes en Europe notamment ?
C’est important de se sentir à la maison quelque part. Je me sens moi-même très luxembourgeoise mais j’embrasse aussi la diversité de mon pays et la montée de l’extrême droite m’inquiète grandement. Dans ce domaine comme dans d’autres, nous avons besoins de leaders compétents pour gérer correctement la problématique. Il faut aussi une bonne communication entre politiciens. Le sujet énorme, c’est la question des réfugiés. Cette question permet malheureusement au nationalisme et aux extrémismes de prendre de l’ampleur. Je suis consternée de constater la manière dont les politiciens d’extrême droite utilisent aujourd’hui la malheureuse réalité de ces gens qui ont fui la guerre pour renforcer leur rhétorique abjecte.
L’éducation fait partie des priorités. Chaque mois avec Vice Media, nous touchons 75 millions de jeunes dans le monde entier. Je suis depuis quelques mois directrice de Vice pour le Moyen Orient, l’Afrique et l’Europe, je travaille comme conseiller dans l’impact social, l’inclusion des jeunes dans la politique locale et les campagnes médiatiques. Je participerai prochainement à une conférence de « Professors Without Borders » à Abu Dhabi, à une autre sur le « Women in Leadership » à Dubai. Plus largement, j’interviens au sujet des droits de l’homme et des droits des femmes, de l’éducation des millennials; de changement dans le monde politique, de climat… Nous vivons une période cruciale car tous ces domaines sont en pleine mutation.

La princesse Tessy nous accueille chez elle à South Kensington

La princesse Tessy nous accueille chez elle à South Kensington© Ronald Dersin / Paris Match

Vous comptez vous lancer en politique ?
Absolument. J’ai étudié les institutions et la diplomatie. La politique, c’est ma vie, elle m’entoure constamment. J’aimerais travailler pour l’Otan un jour. Je rêve aussi de devenir consul, de représenter le Luxembourg dans un pays. Malheureusement je sais que mon divorce va toujours me mettre des barrières dans ce domaine car même aujourd’hui, il y a des gens qui aiment porter un jugement sur les affaires personnelles et la réputation, et pas toujours sur les compétences. Et j’aimerais devenir un jour ministre pour les « Women Challenges and Education », les défis des femmes et l’éducation, ou occuper un poste qui couvre ces deux initiatives pour le Luxembourg, voire un autre pays ou une autre organisation…

Vous avez officié jusqu’il y a quelques mois au sein d’une agence britannique de sécurité, de renseignements, DS-48, qui propose « des services de gestion discrète du risque par le renseignement, travaille sur la prévention du risque et l’assistance d’urgence, à domicile ou à l’étranger ». En quoi consistait concrètement votre mission ?
J’ai beaucoup voyagé pour eux, j’ai pu mener des projets extraordinaires. DS-48 travaille avec 132 pays, dont les États-Unis. Il y a des partenariats avec la police, les entreprises de sécurité etc. Cela nous permet de disposer du meilleur équipement, toujours dans la plus totale légalité. Chaque projet est unique, il peut s’agir de firmes ou d’individus dont la réputation est détruite par exemple. Ces derniers cherchent à connaître les auteurs de cette démolition et cherchent à reprendre pied.

Dans le domaine de la cybersécurité, les nouvelles technologies soulèvent de vraies questions éthiques. Entrevoyez-vous « la fin du Far West dans le big data »?
Sur le plan éthique, les nouvelles lois européennes de protection des données ont été d’application le 25 mai 2018. (Le RGPD confirme des principes de protection des données déjà existants et prévoit de nouveaux droits et nouvelles obligations. NDLR). Dorénavant aussi, une série de gadgets, comme les microphones placés dans les maisons par exemple, vont devenir complètement illégaux. Nombre de clients de DS-48 ont souffert de ces atteintes à la vie privée, des vidéos indûment positionnées par exemple. Ils bénéficient de l’appui des avocats de la firme.

Quelles que soient les exactions commises par un individu, il faut respecter le cadre légal, rester civilisé sinon on perd les valeurs liées aux droits de l’homme

Votre ancien emploi touchait des domaines comme le terrorisme. Quel regard portez-vous sur cette lutte en termes de sécurité ?
Lors d’une conférence des Nations-Unies à laquelle j’ai assisté, le secrétaire général, Antonio Guterres, a souligné que pour être constructif, il faut toujours agir en accord avec la loi. Certains returnees qui ont combattu pour l’État islamique en Syrie peuvent être poursuivis légalement lorsqu’ils regagnent l’Angleterre. C’est important de coller systématiquement à la loi sinon il n’y a pas de limites. On l’a vu avec l’exécution dans la rue d’un Kadhafi par exemple. Quelles que soient les exactions commises par un individu, il faut respecter le cadre légal, rester civilisé sinon on perd les valeurs liées aux droits de l’homme, construites pendant les sept à huit dernières décennies. Et on risque le flou, qui pourra tout justifier.
80 % des membres de l’ONU demandent plus de communication dans ce domaine de la prévention contre-terroriste mais ils manquent de ressources. Il faut mettre en œuvre cette prévention mais dans la transparence, le respect des droits humains fondamentaux et des lois. C’est le challenge du XXIe siècle : comment marier l’ensemble et en faire quelque chose de positif. C’est pour cette raison notamment que nous avons besoin de « role models » pour nous guider, des leaders d’opinion qui détiennent des compétences riches.

Dans son quartier de South Kensington, Vêtue d’un manteau digne de Mary Poppins.

Dans son quartier de South Kensington, Vêtue d’un manteau digne de Mary Poppins.© Ronald Dersin / Paris Match

Vous avez baigné dans un environnement que vous décrivez comme très masculin. Est-ce une bonne école ?
J’étais la seule femme à travailler à DS-48 en senior management. J’étais entourée de militaires qui aimaient me taquiner. Mais en tant qu’ancienne militaire, je connais leur humour et je sais y répondre ! J’aime bien les domaines dominés par les hommes, j’aime être mise au défi.

Mon père travaille comme professeur pour les enfants primo-arrivants, leur permettant d’acquérir des « skills », des aptitudes

Vous travaillez parfois avec la princesse Mabel, veuve du prince Friso des Pays-Bas qui partage avec vous un parcours académique solide et le goût de la chose internationale. Sur quels terrains coopérez-vous ?
Nous travaillons ensemble dans le domaine de HIV-Aids, du sida. La princesse Mabel est une femme incroyable, d’un charisme inspirant. J’adore travailler avec elle comme j’adore travailler avec le prince Harry dans le même domaine. Ce que j’aime avec ces deux personnes d’exception, c’est qu’elles m’ont toujours acceptée pour mes qualifications et pas pour mon statut marital.

Avez-vous souffert du protocole, même si le prince Louis ne figurait plus dans l’ordre de succession au trône ?
J’ai vécu ça comme des leçons de vie, j’ai adoré chaque moment de ces treize dernières années. C’est un rôle qui est plus public que la moyenne et engendre donc plus de responsabilités. Il faut naturellement faire plus attention à ce qu’on fait mais mes parents m’ont appris dès mon plus jeune âge qu’il faut toujours respecter les gens pour ce qu’ils sont et font, et respecter leur temps.

Dans le salon sans façon de la petite maison qu’elle s’occupe à South Kensingnton.
Dans le salon sans façon de la petite maison qu’elle s’occupe à South Kensingnton.© Ronald Dersin / Paris Match

Le contraste de vos contextes socio-familiaux respectifs et l’inévitable choc des cultures lié vous ont-ils néanmoins parfois touchée ou déstabilisée ?
Non, ce choc des cultures dont vous parlez n’a pas eu lieu. Nos éducations, ce n’était pas le jour et la nuit. Vous savez, mes parents ont veillé à mon éducation. Mon père avait déjà l’habitude d’une vie publique en tant que politicien.

Votre père est artisan couvreur. Il a figuré sur une liste socialiste lors d’élections municipales. Pratique-t-il encore son métier ?
Il travaille comme professeur pour les enfants primo-arrivants, leur permettant d’acquérir des « skills », des aptitudes. Il est membre du parti socialiste depuis 17 ans. Un homme qui est très aimé à la maison et dans la ville où il vit. Il fait toujours le maximum pour aider son prochain. Il m’a beaucoup inspirée.

Un titre de princesse ne suffit pas à ouvrir des portes pour décrocher une place d’ambassadrice des Nations unies. Il faut des compétences, et travailler dur

Votre expérience au sein de la famille grand-ducale doit être en or, tant sur le plan humain que celui des connaissances nationales et internationales. Qu’en retenez-vous avant tout ?
L’apport de la chose publique. La politique, je connaissais. Je maîtrisais la politique luxembourgeoise, la diplomatie internationale. J’y étais familiarisée aussi grâce à mon expérience au sein de l’armée luxembourgeoise, dans les domaines militaire et psychologique. J’ai étudié le trauma en psychologie et j’ai obtenu mon diplôme de professeur assistant ; j’ai été infirmière à l’armée. La politique internationale, je l’ai découverte à travers mes études. Évidemment, le fait d’être avec Louis à Londres m’a donné l’opportunité d’entamer ces études, de les faire dans d’excellentes conditions.
Mais je veux donner de l’espoir à la génération de femmes qui grandit aujourd’hui et leur faire passer ce message : un titre de princesse ne suffit pas à ouvrir des portes pour décrocher une place d’ambassadrice des Nations unies. Il faut des compétences, et travailler dur. Si je n’avais pas eu ma formation, mes qualifications et mes ambitions propres, les portes se seraient fermées.

Votre statut a-t-il pu néanmoins jouer en son temps dans votre recrutement professionnel ?
Non, mon titre a eu zéro pour cent d’influence dans mon engagement.

(…)

L’intégralité de l’entretien est à lire dans l’édition belge de Paris Match du 11 octobre 2018.

Thank you so much Emmanuel and to the whole team at Paris Match!!!

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